Chapitre 20
Ce pas est le plus difficile que je n'aie jamais fait. Je soulève mon pied et m'apprête à le reposer sur la neige du perron lorsque je me retrouve soudain bloqué en pleine action. Un bras s'est faufilé autour de ma taille et me ramène brusquement en arrière, me faisant trébucher tandis que mon dos heurte le torse de Vincent. Il ôte le sac de mon épaule et le lâche par terre avant de passer son deuxième bras autour de moi, m'emprisonnant dans son étreinte. Je suis trop choqué pour réagir.
Il se penche un peu et ses lèvres se posent près de mon oreille tandis que sa tempe effleure la mienne.
— Maintenant que tu as dit ce que tu avais à dire, est-ce que je peux en placer une ?
J'acquiesce sans réfléchir, toujours hébété de me retrouver dans cette position.
— Bien, parce que si tu me laissais finir mes phrases, tu saurais que je n'ai pas l'intention de te dire que je regrette quoi que ce soit, à part d'être parti sans prévenir et de visiblement t'avoir inquiété. J'avais des choses à régler et ça ne pouvait pas attendre, c'est tout.
— Pourquoi tu ne me l'as pas dit ? soufflé-je.
— Je ne savais pas comment te le dire.
— Pourtant, tu viens de le faire là… tu crois vraiment qu'il y a des choses que je ne peux pas entendre ? Ce n'est pas comme si je ne m'étais pas déjà ridiculisé à te balancer mes sentiments alors que tu ne ressens rien pour moi.
— Zach…
— Quoi, tu crois que je ne culpabilise pas assez ? Ce n'était pas la peine de prendre tes distances comme ça, je sais que je n'aurais pas dû t'entraîner là-dedans mais je n'y peux rien si je suis tombé amoureux de toi. On ne peut pas dire que tu aies fait quoi que ce soit pour m'en empêcher non plus…
— Ça ne sert à rien de culpabiliser.
— Pourquoi ? Ce n'est pas assez important pour toi ?
Voilà pourquoi j'aurais voulu éviter cette conversation : une nouvelle salve de larmes remonte à la surface et commence à couler sur mes joues, brouillant ma vision et mon esprit par la même occasion.
— Qu'est-ce qui est important alors ? demandé-je en tentant de maîtriser ma voix tremblante.
— Toi, tu es important, répond-il simplement en serrant un peu plus ses bras autour de mon torse.
— Arrête ! crié-je en agrippant son poignet pour lui faire lâcher prise. Arrête de jouer avec moi ! Est-ce que tu te rends compte à quel point ça fait mal ! Ne me dis pas ça si c'est pour m'ignorer ensuite !
— Je suis désolé, dit-il en relâchant un peu son emprise.
Mais au lieu de me laisser me dégager, il me fait tourner dans ses bras et me serre à nouveau, face à lui.
— Je te déteste ! sangloté-je en frappant son torse de mes poings.
— Je sais, répond-il en caressant légèrement mon dos.
— Pourquoi tu m'as fait ça !
— Je suis désolé. Je te promets que ça n'arrivera plus.
— Pourquoi je te croirais ! Tu ne fais que me mentir et me cacher des choses !
— Je ne te mens pas et je n'ai rien à cacher.
— Alors où tu étais ?
— Ça n'a pas d'importance…
— Tu vois ! Tu ne me dis jamais rien, tu te sers de moi comme un jouet !
— Je ne me sers pas de toi, rétorque-t-il doucement. J'avais besoin de passer du temps loin de toi pour me rendre compte à quel point tu me manques, à quel point tu m'obsèdes et combien j'avais peur de te perdre.
— Tu mens…
— Je ne mens pas. Je ne vais pas te laisser partir.
Mon habituelle faculté à trouver de bonnes réparties me fait défaut à cet instant et je me mets à pleurer comme un bébé, serrant de toutes mes forces le tissu de son pull entre mes doigts.
— Shhhh, baby, chuchote-t-il en caressant l'arrière de ma tête.
J'essaye de parler mais ne parviens qu'à balbutier des mots inintelligibles. Mes sanglots semblent sans fin, libérant l'angoisse que j'avais accumulée ces derniers jours, celle de ne plus jamais le revoir et de devoir abandonner tout ce que j'avais réussi à construire ici. J'ai du mal à croire que c'est vraiment en train d'arriver, à croire qu'il est réellement sincère. Il a trop entamé ma confiance pour que je sois rassuré par ces quelques mots.
Les larmes finissent enfin par se changer en hoquets et il me lâche pour placer ses mains de chaque côté de mon visage, essuyant de ses pouces mes joues humides. Puis il colle nos fronts l'un contre l'autre et le bout de son nez vient doucement frotter le mien.
— Je sais qu'il va te falloir du temps pour me pardonner mais je ferai tout pour ça, je ferai tout pour que ce soit la dernière fois que je te fais pleurer.
Il me dit tout ça droit dans les yeux avec sa voix grave, sa voix d'homme qui ne plaisante pas et j'ai envie de le croire, tellement envie que mon cœur se contracte douloureusement en songeant qu'il dit peut-être vrai, qu'il veut vraiment nous donner une chance. Pourtant, il va me falloir plus que ça pour en être sûr.
Il tourne alors un peu la tête pour m'offrir un baiser, léchant délicatement mes lèvres pour y goûter la saveur salée de mes larmes. Je lui laisse l'accès à ma bouche et sa langue s'y infiltre tandis que ses mains enserrent ma nuque, m'empêchant de m'enfuir. La douce réunion de ses lèvres moelleuses avec les miennes, de sa langue chaude et de mon palais, me donne l'impression de replonger dans un rêve.
— Est-ce que tu me crois ? dit-il après avoir mis fin au baiser.
— Je ne sais pas.
Il m'embrasse encore une fois.
— C'est toi que je veux.
— Tu es sûr ?
— Je n'ai jamais été aussi sûr de rien.
Il cherche dans mes yeux la vraie réponse à sa question mais je ne suis pas persuadé qu'il la trouve, parce que je ne la connais pas moi-même. Ce n'est pas mon amour qui est en jeu, puisque je ne peux manifestement pas masquer mes sentiments. Non, ce qu'il veut savoir c'est si je peux lui faire confiance et pour ça, il faut qu'il me prouve qu'il le mérite.
— Et si moi je ne veux pas ? lancé-je soudain.
Il se mord la lèvre en cherchant une issue à cette remarque mais je ne compte pas la retirer.
— Mais… tu m'aimes, non ?
— C'est un peu facile, tu ne crois pas ? Qu'est-ce qui me prouve que tu vas tenir parole, que tu ne vas pas changer d'avis ?
— Rien, admet-il, mais je suis sérieux. Ce n'est pas une excuse pour te retenir.
— Je ne veux pas revivre ça. Si tu me tournes encore le dos alors il n'y aura pas de seconde fois.
— Je sais, répond-il en nouant ses mains derrière moi.
— Et on ne se cache rien.
— Non.
— Embrasse-moi.
Il sourit et me presse contre lui le temps d'un long baiser doux et sensuel qui me laisse le souffle court.
— Si on doit être honnêtes, dit Vincent en posant à nouveau son front contre le mien, il faut que tu saches que je suis possessif, jaloux, coléreux et plus ou moins invivable. Et que même si tu décides de changer d'avis, je ferai tout pour te retenir.
— Je sais déjà tout ça, idiot, soupiré-je.
— Ah oui, je suis un idiot aussi.
— Je vais m'y faire…
On reste un moment à se regarder en souriant avant que je ne me libère de son étreinte pour aller passer de l'eau sur mon visage, atténuant un minimum le rouge de mes joues et de mes yeux causé par ma crise de larmes. De retour dans le salon, je remarque que mon sac à disparu, ainsi qu'une partie des vêtements de Vincent qui est planté bras et pieds nus au milieu de la pièce. Je fais mine de le rejoindre mais bifurque au dernier moment pour lancer la machine à café. Il m'attrape juste avant que mon doigt atteigne le bouton et me ramène contre lui.
— J'ai besoin d'un café, Vi…
— Non, tu as besoin de te reposer. Pas de café avant quelques heures de sommeil.
Je grogne et me retourne pour lui faire face.
— Tu commences déjà à me brimer ?
— Et ce n'est que le début, glousse-t-il.
Il me fait reculer vers sa chambre et soudain, mon pied rencontre mon sac, qu'il avait simplement déplacé dans la cuisine.
— Tu es drôlement rapide pour ce qui est d'emballer tes affaires, lance alors Vincent en le poussant du pied.
— Comment tu le sais ?
— Parce que Vio m'a appelé il y a vingt minutes pour me dire de t'empêcher de partir, sans quoi elle allait me torturer sans pitié… ce qu'elle a détaillé pendant près de trois minutes sur mon répondeur. Tu sais qu'il ne faut pas la mettre en colère ?
— Ah oui ? Il n'y a pas qu'elle, j'ai remarqué. Qu'est-ce qu'elle t'aurait fait ?
— J'ai retenu quelque chose à propos de balancer mes yeux aux corbeaux, et aussi de trancher mes parties intimes, mais je préférais éviter d'en parler.
— Est-ce que je dois comprendre que c'est elle qui t'a poussé à revenir ? demandé-je subitement en fronçant les sourcils.
— Non, j'étais déjà en route lorsqu'elle a appelé. J'ai juste accéléré un peu le rythme…
Il chasse mon expression ennuyée d'un baiser sur le front.
— J'avais décidé de revenir bien avant.
Je n'arrive pas à ne pas le croire et décide que ça n'a pas d'importance, du moment qu'il est là et qu'il se repent… je suis prêt à lui pardonner une chose de plus.
Il me guide aveuglément jusqu'au lit et nous assied maladroitement dessus sans lâcher ma taille.
— Il faut que je prenne une douche, soupire-t-il. J'ai conduit toute la journée et il faut que je me change.
— Mmm, alors c'était ça l'odeur ? dis-je en plissant le nez.
Il me fait les gros yeux et me pousse en arrière, bloquant mes bras au-dessus de ma tête.
— Il n'y a pas que moi qui en ai besoin, on dirait, rétorque-t-il sournoisement en reniflant mon aisselle.
Je rougis furieusement et il me lâche en riant, disparaissant dans la salle de bain. Je renifle à mon tour et ne note avec soulagement qu'une vague senteur de déodorant. Cependant, s'il veut m'avoir pour une douche, je ne vais pas laisser passer ça.
Lorsque je mets les pieds dans la salle de bain, il est déjà en caleçon et le robinet est ouvert pour laisser la température se régler.
— Je plaisantais en disant que tu avais besoin d'une douche.
— Je peux repartir si tu veux…
Je fais une petite moue et m'apprête à ressortir mais il m'attrape la main et me fait revenir vers lui.
— Non, maintenant que tu es là, autant en profiter…
Il me déshabille lentement et je me sens à nouveau rougir sous l'insistance de son regard. Il me détaille sous toutes les coutures, ôtant jusqu'à la dernière pièce de tissu qui me couvre, et tandis qu'il se débarrasse enfin de son caleçon je laisse mes lèvres s'écraser sur son torse, y imprimant la saveur de sa peau.
— Pourquoi tu as changé d'avis ? murmuré-je.
— Comment ça ?
— D'abord tu me tournes autour, ensuite on couche ensemble et au réveil tu ne veux plus me voir et tu disparais. Maintenant tu reviens et on retourne au stade de coucher ensemble… j'ai du mal à comprendre ce que tu veux.
Il m'entraîne sous la douche et, ignorant mes protestations, nous place tous les deux sous le jet pour nous mouiller des pieds à la tête. L'eau qui ruisselle sur son visage rend ses yeux encore plus bleus que d'habitude, encore plus hypnotiques, et je ne peux me détourner de son regard.
— C'est juste allé un peu trop vite, dit-il doucement. J'avais l'impression d'avoir trahi une partie de moi qui me retenait en arrière. Je suis parti parce qu'il fallait que je comprenne que ce n'était pas à cause de toi, que je n'étais pas prêt à te sacrifier. On a perdu assez de temps à cause de moi.
Je ne peux pas nier de lui en vouloir toujours d'en être majoritairement responsable ; après tout ce que je lui ai dit sur moi, il n'aurait pas pu faire un effort et me parler, plutôt que se cacher de cette façon ? Ça m'ennuie de penser que ça va peut-être continuer ainsi, que je vais devoir lui arracher la moindre confession pour ne pas qu'il me mette à l'écart dès que quelque chose le tracasse. La lutte est loin d'être finie.
Cependant, la seule lutte qui règne pour l'instant est celle de nos langues tentant de s'approprier la bouche de l'autre. Je ne sais pas qui lui a appris à embrasser comme ça mais il faudra que je pense à lui envoyer une note de remerciement. Ses mains se baladent sur moi et me poussent petit à petit contre le mur. Un gémissement m'échappe lorsque le carrelage froid entre en contact avec mon dos mais il ne s'en soucie pas, ses dents occupées à mordiller mes lèvres et ses doigts à caresser mon érection.
— Je peux te demander quelque chose ? soufflé-je en passant rêveusement ma paume sur ses abdominaux.
— Bien sûr.
— Pourquoi est-ce que j'ai l'impression que tu sais ce que tu fais ?
— Comment ça « ce que je fais » ?
— Je veux dire… coucher avec un homme.
— Parce que je l'ai déjà fait, tiens, glousse-t-il en tentant de m'embrasser à nouveau.
— Quoi ? m'exclamé-je en le repoussant.
— Pourquoi tu es aussi surpris ? Tu l'as dit toi-même, on voit que je sais ce que je fais…
— Tu as déjà couché avec un mec ? répété-je avec incrédulité.
— Oui.
— Mais pourquoi tu ne me l'as pas dit ?!
— Parce que tu ne me l'as jamais demandé, rétorque-t-il en me faisant un sourire vicieux.
— Je n'y crois pas… toi ? Bi ?
— Après ce qu'on a déjà fait, ça ne me paraît pas si dur d'y croire.
— Je sais, mais… c'était quand ?
— Pendant des vacances ennuyeuses, il y a une dizaine d'années. Un étudiant qui travaillait à notre hôtel s'était dévoué pour me distraire…
Il rit devant mes yeux ronds et pose un doigt sur ma bouche.
— Et si on laissait tomber ces petites aventures et que je te montrais plutôt ce que j'ai appris ?
Il penche la tête pour venir chatouiller le côté de mon cou avec son bouc tandis que sa main continue son lent va-et-vient sur mon sexe. Je soupire et m'empare de ses tétons pour jouer avec, m'attirant une délicate morsure de la jugulaire suivie par des mouvements de poignet un peu plus vigoureux. Mes doigts entourent alors son organe et je m'émerveille de le sentir durcir encore à mon contact, me faisant presque saliver devant sa taille magnifique.
Je crois que j'ai lâché un petit bruit de satisfaction car Vincent relève soudain la tête et me regarde avec un sourire coquin.
— Ça te plaît ? chuchote-t-il en posant sa main sur la mienne pour la guider de haut en bas sur son membre.
— Plus que ça…
Je l'embrasse goulûment et lui flashe un clin d'œil avant de me laisser couler le long du mur, caressant son torse du bout de la langue, pour finalement atterrir à genoux entre ses jambes. Vincent se penche en avant, posant ses avant-bras sur le carrelage pour y appuyer son front et me regarder d'au-dessus. Son dos est courbé pour me laisser la place de manœuvrer entre lui et le mur, me protégeant par la même occasion du jet de la douche que je ne sens plus qu'en gouttelettes s'écrasant autour de moi. Je baisse alors les yeux vers l'objet de ma convoitise, dressé fièrement devant moi, et l'entoure de mes deux mains pour le glisser entre mes lèvres après un bref baiser.
Il reste aussi immobile qu'une statue pendant que je travaille sur lui, alternant entre donner de longs coups de langue et sucer l'extrémité, jusqu'à ce que sa main libre vienne finalement se placer derrière ma tête pour me protéger des chocs malencontreux et me guider dans ma tâche par la même occasion. Au bout de quelques minutes, il stoppe mes mouvements d'une légère pression et prend le relais pour faire lentement aller et venir son membre dans ma bouche. Je laisse mes mains s'aventurer sur le moindre centimètre carré de peau que je peux atteindre, de ses mollets à ses hanches en passant par ses cuisses musclées et ses fesses fermes que je malaxe avec passion. Petit à petit, ses mouvements s'intensifient et ma gorge se montre réticente à l'intrusion de son sexe dans son espace privé. Vincent calme mes hoquets de suffocation en massant longuement ma nuque pour la détendre, forçant quelques millimètres de plus à chaque avancée. Je m'efforce à respirer par le nez et le laisse me contrôler jusqu'à ce que la limite soit atteinte et qu'il faille que je m'écarte pour reprendre ma respiration.
Je lève les yeux vers lui et vois son sourire approbateur qui ravive encore plus ma motivation. J'enveloppe la base de son membre de ma paume et avale le reste pour lui offrir un maximum de stimulation, utilisant le piercing sur ma langue contre tous les points sensibles que je découvre. Bien vite, mon action lui fait perdre sa stabilité et il se redresse, écartant les pieds et posant ses deux mains à l'arrière de mon crâne pour m'encourager. Sans me bloquer, il contre mes mouvements de légers coups de reins et je le suce un peu plus fort en réponse. Je presse la petite boule de métal sous son gland et comme la dernière fois, il gémit en crispant les doigts : sa réaction me fait redoubler d'enthousiasme et je poursuis la torture jusqu'à ce qu'il gémisse plus fort.
— Zach… stop, je vais… grogne-t-il en fermant les yeux.
J'ignore son avertissement et m'empare de ses bourses tout en continuant à téter son membre, produisant un murmure qui semble lui envoyer d'agréables vibrations. Vincent pousse alors une sorte de gémissement et je le sens se dilater sur ma langue avant que la première volée ne jaillisse contre mon palais, manquant de m'étouffer. Je l'avale de mon mieux ainsi que les suivantes, bien que malgré mes efforts une partie vienne couler aux commissures de mes lèvres. Une des mains de Vincent maintient toujours fermement mon crâne pendant que son autre bras tendu l'empêche de s'effondrer contre le mur.
Mes yeux sont braqués sur son visage, enregistrant l'expression d'extase qui s'y dessine, et je garde mon rythme de succion jusqu'à ce qu'il s'écarte de moi avec un geignement. Avant que je n'aie le temps de réagir, il m'attrape sous les bras et me soulève à sa hauteur, plaquant mon dos contre le carrelage et ses lèvres contre les miennes. Je noue mes bras autour de son cou et mes jambes autour de sa taille tandis qu'il se saisit de mes fesses pour m'empêcher de glisser, et c'est collé l'un à l'autre que l'on partage un long baiser au goût doux-amer de sa semence.
— Oh god, baby… souffle-t-il en mettant fin au baiser.
Je le regarde en silence, fasciné par la lueur de désir que je vois briller dans ses yeux. Je ne comprends pas comment il peut me regarder si différemment maintenant, je me demande à quel moment il m'a vu comme un amant potentiel plutôt qu'un gamin collant.
Je me demande si je suis assez bien pour lui.
Il coupe l'eau sans nous laisser le temps de nous savonner et jette une serviette sur mon dos avant de me porter jusqu'à sa chambre.
— Hum, toussoté-je alors qu'il se prépare à me jeter sur les draps.
— Quoi ?
— Il aurait peut-être fallu les changer avant…
— Pour les salir après ?
Je lui fais une petite moue et il lève les yeux au ciel avant de refaire le chemin inverse pour finalement bifurquer dans ma chambre.
— Et là, ça te va ?
— Mmm…
Il me coupe d'un baiser et nous assied avec précaution sur le lit. Je le pousse de mon poids en arrière et il s'étend sur la couette, me serrant contre lui ; j'ai juste envie de me fondre dans ses bras et ne plus jamais en sortir.
Il attrape la serviette et s'en sert pour nous essuyer rapidement d'une main avant de la jeter au sol, puis il me fait rouler sur le dos avant de ramper au-dessus de moi pour prendre une fois de plus possession de mes lèvres. Je ne veux plus réfléchir, je ne veux plus repenser à son absence, à ses changements d'humeur, je veux juste qu'il me fasse tout oublier à part lui et que je puisse enfin profiter pleinement du moment. Bien que l'on soit par-dessus les couvertures, j'ai terriblement chaud, sans doute parce qu'il ne cesse de me toucher et de m'embrasser et que mon sang semble bouillir à son contact. C'est comme se faire embarquer sur un grand huit ; mon cœur s'emballe dans ma poitrine tandis que ses doigts viennent m'arracher des gémissements et que ses lèvres me brûlent la peau partout où elles passent. Il m'emmène au-delà de la raison, là où plus rien n'existe hormis lui, où je ne suis qu'une extension de son corps alors qu'il prend possession de moi. Mes yeux sont noyés dans les siens et je me laisse bercer par son sourire alors qu'il me prend avec force et que je ne peux que crier son nom de plaisir. Nos doigts sont entrelacés sur l'oreiller et je m'y accroche comme à une bouée, m'assurant qu'il ne me lâche pas, qu'il ne me lâche jamais. En une éternité ou dans un souffle, ses coups de reins m'envoient au septième ciel et il crie avec moi, répandant sa vie dans mon corps alors que je répands mon amour dans son cœur. Je ne sens même pas son poids s'écraser sur moi, je n'entends pas la complainte de mes muscles fatigués, tout ce qui compte c'est lui, sa sueur, son souffle chaud et rapide, ses yeux fixés dans les miens.
Je le retiens un long moment avant que le manque d'air nous force à nous séparer, et une fois que la serviette a rempli sa seconde mission de la journée, je retourne me blottir dans ses bras.
— Pourquoi tu luttes contre le sommeil ? demande-t-il tout bas en chassant les mèches humides de devant mes yeux, qui tentent tant bien que mal de rester ouverts.
— Parce que je ne veux pas risquer de te perdre à nouveau…
Il efface mes peurs d'un baiser et pose son front contre le mien en un geste apaisant.
— Je ne vais nulle part, tu peux dormir. Je te le promets…
Je ne sais pas si c'est suffisant mais mon corps n'arrive plus à lutter et malgré moi, je m'éteins doucement.
Je me souviens m'être réveillé en sursaut au milieu de la nuit, le cœur battant à toute allure en croyant que j'étais à nouveau seul, mais Vincent était bien là, étendu sous le drap à mes côtés. Après ça, j'ai dû sombrer car c'est à présent la lumière d'un rayon de soleil qui me tire du sommeil, et je roule sur le ventre pour m'en protéger. La peur est encore là, celle de constater son absence, et alors que j'hésite à ouvrir les yeux une main vient doucement se glisser dans mes cheveux, me provoquant un murmure de soulagement.
— Bien dormi ? souffle Vincent.
— Comme un loir.
— Il est sacrément étroit ce lit…
— Non, je ne trouve pas. Je n'ai pas besoin de plus de place…
— Tu me donnes chaud, espèce de bouillotte !
Je souris et ouvre enfin les yeux pour le voir accoudé sur l'oreiller, penché sur moi.
— Quelle heure il est ? demandé-je en étouffant un bâillement.
— Neuf heures et demie.
— Du matin ?
Il hoche la tête et je le regarde avec étonnement.
— On a dormi tant que ça… ?
— Je crois qu'on avait du sommeil à rattraper.
C'est peu dire, en effet. Je le regarde sans rien dire un moment, m'imprégnant de ce petit instant de bonheur de me réveiller près de lui, et le silence est finalement rompu par un gargouillement intempestif de mon estomac.
— On dirait que quelqu'un a faim, glousse Vincent.
Je rougis et enfouis ma tête dans l'oreiller, ce qui le fait encore plus rire. Puis il se lève et enfile rapidement son jean qui traîne dans la salle de bain avant de se diriger vers la cuisine. Je lui laisse quelques minutes d'avance, le temps de me résigner à sortir de la chaleur du lit, et attrape à mon tour un pantalon pour le rejoindre.
Ma veste est restée jonchée sur le sol de l'entrée et je la ramasse pour l'accrocher, récupérant au passage mon téléphone portable qui clignote furieusement dans ma main. Avant que je n'aie le temps de regarder mes messages, un petit coup retentit à la porte, que j'ouvre machinalement pour tomber nez à nez avec un Simon dépité.
— Hey… dis-je avec un peu d'inquiétude face à son regard réprobateur.
— J'aimerais bien savoir pourquoi est-ce que ma femme est passée d'une humeur massacrante à une déprime telle que je me suis fait jeter de chez moi à neuf heures du matin pour aller vous courir après, lance-t-il en croisant les bras.
Je prends un air désolé et lui fais signe d'entrer. Vincent nous rejoint et soudain, je vois les yeux de Simon briller d'une lueur dangereuse alors qu'il attrape brutalement mon amant par la nuque pour l'amener face à lui.
— Toi, la prochaine fois que tu décides de faire une petite virée sans en parler à personne, je te jure que je te ferai regretter d'être rentré, gronde-t-il en le regardant droit dans les yeux.
Vincent semble trop choqué pour répondre et sans lui laisser le temps de le faire, Simon me passe un bras autour du cou pour nous étouffer tous les deux contre lui.
— Bande d'imbéciles, à prendre vos décisions sur des coups de tête… vous avez intérêt de me dire que vous vous êtes réconciliés. Je ne veux plus entendre parler de déménagement ou je ne sais trop quoi.
J'acquiesce vigoureusement et il nous lâche enfin, me permettant de respirer à nouveau. Vincent est toujours sous le choc et ce n'est que lorsque je passe un bras autour de sa taille qu'il sort enfin de sa torpeur pour me serrer dans ses bras.
— Dis à ton gorille d'arrêter de me menacer, gémit-il à mon oreille.
Je me mets à rire, rapidement imité par Simon qui nous ébouriffe les cheveux comme à des gamins.
— Idiots, va. Je vous laisse roucouler pour le moment, mais Vio va sûrement venir vous harceler d'ici la fin de la journée pour s'excuser. Et si vous me la contrariez encore, je vous la laisse en otage plusieurs jours, vous êtes prévenus.
Vincent fait semblant de frémir d'horreur et je me contente d'un signe d'au revoir accompagné d'un baiser aérien en direction de Simon, qui s'en retourne après m'avoir lancé un clin d'œil. Vincent ferme alors la porte à clef puis se saisit de mon portable pour l'éteindre.
— Qu'ils aillent se faire voir, aujourd'hui c'est juste toi et moi.
— Mmm…
Je me presse contre lui et me perds dans le long baiser qu'il m'offre, envahi par un doux sentiment de plénitude que je ne me souviens pas avoir jamais entrevu jusqu'à aujourd'hui.
Celui-ci est interrompu quelques heures plus tard par un timide tapotement à la porte. Vincent me retient alors que je me lève pour aller ouvrir, affichant une expression suppliante que j'ignore le temps d'enfiler un jean et un pull, puis je me dirige vers l'entrée. Violaine est debout sur le perron, les yeux baissés et les bras serrés autour d'un chandail noir qui la protège tout juste du froid. Je l'attire sans discuter à l'intérieur et la serre contre moi, insufflant un peu de chaleur à ses membres gelés.
— Qu'est-ce que tu fais dehors dans cette tenue ? soufflé-je en lui frottant énergiquement le dos.
— Je suis désolée… murmure-t-elle en évitant mon regard.
Ses longs cheveux bicolores masquent une partie de son visage et je les écarte précautionneusement pour lui faire face.
— C'est moi qui devrais être désolé, tu ne mérites pas qu'on te fasse subir tout ça. Entre Vincent et moi, tu n'as vraiment pas de chance, hein ?
— Ne dis pas ça, je ne veux pas que vous partiez. Je ne pensais pas ce que j'ai dit…
Elle passe ses bras autour de mon cou et je la serre un peu plus fort, heureux de la sentir contre moi à nouveau.
— Je sais, dis-je en posant mon menton sur son épaule. Mais je méritais au moins une gifle, alors je ne risque pas de t'en vouloir juste pour quelques mots.
— Et je regrette encore de ne pas t'en avoir mis une ! réplique-t-elle en riant.
— Je peux participer ? demande Vincent en signalant sa présence à nos côtés.
Violaine s'écarte et se tourne face à lui pour lui mettre un coup de poing bien placé sous le diaphragme, lui coupant brièvement le souffle.
— Toi, je te déteste ! dit-elle sans pourtant afficher la moindre animosité.
— J'ai déjà entendu ça, soupire Vincent en se massant le ventre.
— J'aurais dû me douter que tu viendrais foutre ton bordel si on te laissait agir !
— Mais c'est pour ça que tu m'adores, répond-il avec un sourire amusé. Comme ça tu peux jouer à la protectrice du faible et de l'opprimé comme tu sais si bien le faire.
— Fais gaffe, parce que mes menaces tiennent toujours, alors si tu t'avises de me refaire un coup pareil…
— Qu'est-ce que tu vas faire, hein ? Me jeter aux lions ?
Je les regarde se disputer comme deux gamins, Vincent encaissant quelques coups supplémentaires avant de finalement céder et promettre de ne plus la faire enrager, ce dont je ne peux m'empêcher de douter en voyant son petit sourire moqueur.
— Il faudrait que je passe au bar vite fait ce soir, m'annonce Vincent alors que l'horloge du salon affiche vingt heures.
— Pourquoi ? soupiré-je en posant ma joue sur son torse.
— Juste pour savoir s'il n'y a pas eu de problème ces derniers jours. Ça ne sera pas long.
— Vraiment ?
Il descend ses mains posées au creux de mes reins jusqu'à mes fesses et me fait remonter sur lui pour initier un nouveau baiser.
— J'ai une bonne idée de ce qu'on pourra faire en rentrant, souffle-t-il en mordillant ma lèvre.
Je rougis en sentant une fois de plus ma libido se réveiller et décide de me lever pour ne pas aggraver la situation. Vincent quitte lui aussi le canapé pour aller mettre des vêtements et je fais un détour par la salle de bain dans l'espoir d'en ressortir présentable.
Un quart d'heure plus tard, nous enfilons nos manteaux et Vincent dépose un baiser sur ma tempe que je ressens comme le dernier avant un moment. C'est vrai, j'oubliais… nous afficher en public n'est pas à l'ordre du jour. Je sens que la frustration va être dure à maîtriser mais je suis prêt à faire des concessions pour lui. Après tout, je lui dois bien ça, et il est hors de question que je le fasse fuir à cause de caprices futiles.
Le trajet dure à peine quelques minutes en voiture et Vincent me précède à l'intérieur. J'ai l'impression que ça fait une éternité que je n'y ai pas mis les pieds, bien que ça ne fasse que quelques semaines en réalité. Rien n'a changé ; il y a toujours les mêmes fauteuils violets, l'éternel néon de lumière noire qui crée ces étranges lueurs, les mêmes personnes accoudées au bar. Je croise le regard d'Axel, vers qui Vincent se dirige, à la fois dédaigneux et agacé de me voir ici. Je le lui rends avec une pointe de mépris, indifférent à sa tentative de se donner de l'importance parce qu'il se trouve derrière le bar, et pars m'installer à une table éloignée pour les laisser conduire leur discussion en paix.
N'ayant pas l'intention de parler avec quiconque, je me fais invisible dans mon coin pour ne pas attirer l'attention. Il ne semble pas y avoir de gens susceptibles de s'intéresser à moi de toute façon, à part peut-être Adrien qui se trouve heureusement en pleine conversation avec la jolie skieuse qui l'accompagne. Il ne reste qu'à attendre, et bientôt je pourrai retourner chez nous avec la seule personne qui compte pour moi…
Je sursaute lorsque le vent fait claquer la porte d'entrée, au moment où trois jeunes hommes font leur entrée dans le bar. Je jette un coup d'œil dans leur direction, étonné de trouver leur visage vaguement familier. Où est-ce que je pourrais bien les avoir vus… au café, peut-être ? L'un d'eux fait quelques pas vers le milieu de la salle, atterrissant sous un spot, et un second coup d'œil me rappelle en un flash d'où je les connais. Mon sang ne fait qu'un tour et je m'enterre dans mon fauteuil pour ne pas me faire repérer ; évidemment, je n'ai pas cette chance. Je devine tristement qu'ils ne sont sûrement pas là pour boire un verre : ils me cherchent.
Le temps que j'avale ma salive, il est déjà devant moi et m'attrape par le col pour me soulever à sa hauteur. Mes genoux heurtent le bord de la table et la grimace de douleur que je ne peux réprimer passe pour l'expression de ma peur qui le fait ricaner.
— Tu vas payer pour ce que tu as fait à Anui, gronde Laurent en me repoussant en arrière.
Si ce n'avait été le mur, je me serais retrouvé par terre ; au lieu de ça, j'entre en collision avec la surface froide et le souvenir de ma commotion me donne le réflexe de baisser la tête pour lui éviter un choc supplémentaire. Le temps que je la relève, je vois un poing arriver dans ma direction mais miraculeusement, celui-ci s'arrête en plein mouvement, alors que des doigts familiers se referment autour du cou de Laurent pour le stopper. Je tourne légèrement la tête et un frisson me parcourt l'échine à la vue des yeux de Vincent, enflammés de rage. D'une seule main, il tire mon agresseur en arrière et l'envoie valser contre le bar. Les tabourets s'écrasent au sol avec fracas, masquant le grognement de Laurent dont les vertèbres sont douloureusement entrées en contact avec le bord du comptoir. Vincent ne lui laisse pas le temps de réagir et empoigne sa veste pour le jeter au sol, tombant à genoux au-dessus de lui pour l'empêcher de se relever.
Les deux camarades de Laurent tentent d'intervenir mais quelques personnes se sont levées pour leur bloquer le passage, encouragées par Adrien qui menace du regard les deux caïds, visiblement moins téméraires que leur ami qui est en train de se prendre une raclée. Je vois le poing de Vincent s'écraser sur le visage de Laurent, s'encastrant dans sa pommette pour faire goûter le carrelage à sa jumelle. Le second atterrit sur sa mâchoire, produisant un désagréable craquement, et je regarde avec horreur les phalanges de Vincent se teinter de rouge. Laurent n'a pas le temps de réagir, je suppose qu'il est déjà complètement sonné par la pluie de coups que Vincent est en train de lui servir. Une voix me crie qu'il faut arrêter le massacre avant que ça ne finisse vraiment mal mais je n'y arrive pas, parce que je ne l'ai jamais vu dans un tel état de colère, je ne l'ai jamais vu perdre le contrôle ainsi et ça me fait peur. Je suis tétanisé.
Adrien se place alors derrière lui et le saisit par les épaules, le soulevant non sans mal du sol pour l'écarter de Laurent. Vincent tente toujours de se dégager mais heureusement, il semble fermement bloqué par ses bras.
— I'm gonna fucking KILL you ! hurle-t-il alors en direction de la masse sanglante à ses pieds.
Je me retiens de soupirer de soulagement en voyant Laurent rouler sur le côté pour cracher un peu de sang, puis lutter pour se relever sans grand succès. Comme par magie, ses deux compagnons sont soudain libérés par la foule et ils se précipitent à ses côtés pour le soutenir, passant chacun un de ses bras autour de leurs épaules.
— Je vais porter plainte, gronde Laurent d'une voix rocailleuse. Tu vas payer pour lui…
Il flashe un regard haineux dans ma direction mais Vincent ne flanche pas une seconde, sa rage se déversant vers son adversaire en ondes malsaines.
— Je ne ferais pas ça à ta place, rétorque Adrien sans relâcher sa prise. Tout le monde t'a vu agresser Zach et tenter de le frapper, n'est-ce pas ?
Une grande partie de la foule hoche catégoriquement la tête et mon cœur fait un petit bond dans ma poitrine face à leur soutien.
— Ici ça s'appelle de la légitime défense, continue-t-il. Après, si tu veux vraiment en faire une affaire d'État, je suis sûr que le jury sera ravi d'apprendre que tu es l'ami de quelqu'un accusé de tentative d'homicide et de viol, et que tu es venu ici défendre sa peau.
Laurent semble réfléchir un instant et un nouveau mouvement de Vincent pour tenter de se dégager le fait reculer d'un pas, puis finalement tourner les talons sans rien ajouter. Le silence est lourd dans la salle après que la porte ait une fois de plus claqué et c'est Adrien qui vient le rompre.
— Allez, le spectacle est fini !
Tandis que les spectateurs se rasseyent, il tire son captif avec lui à l'extérieur et me fait un rapide signe de tête pour que je les suive. Du coin de l'œil, je vois qu'Axel est dans le même état léthargique que moi, éberlué par la scène et par la réaction de Vincent. Pas le temps d'avoir des considérations, je me secoue de ma torpeur et franchis l'espace me séparant de la porte en une fraction de seconde pour enfin sentir l'air frais sur mon visage, laissant ma peur s'évanouir.
Vincent s'est éloigné de quelques pas et adossé à un mur, les yeux fermés pour tenter d'apaiser sa colère. Je ramasse un peu de neige et m'approche doucement de lui, inquiet de sa réaction, mais il ne me repousse pas lorsque je prends sa main dans la mienne et y étale la neige fondue pour en nettoyer le sang.
— Vi, tu peux m'expliquer ce qui t'a pris ? grogne alors Adrien en s'approchant. Ça ne servait à rien de faire de la pulpe avec son visage, le retenir aurait suffi.
— Je ne pouvais pas m'arrêter, soupire-t-il sans rouvrir les yeux.
— Tu viens de terrifier tout le monde, tu te rends compte ? Heureusement que le gars avait des choses à se reprocher, sinon tu passais au tribunal pour un truc pareil. Tu as de la chance que c'était moi et pas Frank parce qu'il t'aurait sûrement envoyé passer la nuit en cellule pour te calmer…
Je frissonne en imaginant Vincent derrière les barreaux et passe instinctivement mes bras autour de lui. À ma grande surprise, il ne me repousse pas, retournant même l'étreinte en enfouissant son visage dans mes cheveux.
— Je ne laisserai personne te toucher, chuchote-t-il.
Je suis encore trop secoué par l'incident pour répondre quoi que ce soit et me contente de le serrer. Lorsque l'on s'écarte enfin l'un de l'autre, Adrien s'est éclipsé et j'entraîne gentiment Vincent jusqu'à la voiture.
J'ai envie de tirer un trait sur tout ça, de tourner enfin la page sur ce passé qui me hante et de croire qu'il me reste encore une chance de recommencer à neuf, mais parfois je me demande si ce sera un jour possible.
Je voudrais ne plus jamais avoir à regarder derrière moi.
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