| Chanceuse relectrice et auteur à ses heures perdues sur fiction press, j'avoue avoir un petit faible pour Christophe ^^ J'espère que cette nouvelle vous plaira ! Aceituna. |
NDA : cet extra se situe chronologiquement après le chapitre -14 de Colorblind, l'histoire dont il s'inspire.
I can't help falling in love with you...
Il y a des jours où on préférerait rester au lit, des jours où l'on sait déjà avant même d'ouvrir un oeil que la journée s'annonce mal, des jours comme celui-là.
Christophe ouvrit les paupières à regret, en maudissant son réveil, avant de le frapper pour qu'il se taise enfin. C'était mardi aujourd'hui, et comme tous les mardis, il commençait les cours par trois heures de sport. N'étant pas un aficionado de cette matière, c'était avec une certaine tranquillité d'esprit qu'il envisageait de ne pas s'y rendre. Après tout, la veille au soir, il s'était couché très tard pour finir de réviser son bac blanc de maths et il manquait de sommeil ces derniers temps. Il referma les yeux, prêt à se rendormir, lorsqu'une pensée lui effleura l'esprit.
Pourquoi avoir mis le réveil, alors ?
Il se revoyait pourtant très bien programmer l'appareil avant de sombrer... Mais pourquoi exactement, alors que son réveil affichait près de trois heures du matin, avoir pris la peine de le programmer à sept heures trente ?
Parce que justement, il avait sport ce matin...
Il ouvrit les yeux d'un coup et se redressa rapidement avant de se précipiter dans la salle de bain. Il entreprit de se raser mais ne trouva pas son rasoir. Il le chercha et le découvrit finalement dans les affaires de sa sœur, lui faisant d'un coup renoncer à l'idée de se raser. Il s'observa dans le miroir un instant et se rendit compte que cela lui donnait un genre... Un genre de quoi ? Il n'en avait pas vraiment d'idée, mais il s'en contenterait.
Puis il secoua la tête attrapant ses cheveux entre ses doigts pour les ramener à hauteur de ses yeux. Peut-être devrait-il les couper ?
— Et puis quoi encore ! s'exclama-t-il tout haut avant d'entrer dans la douche.
Il y fut accueilli par un jet d'eau à peine tiède qui devint rapidement froid. Sortant de la salle de bain en trombe, il se précipita dans la cuisine où sa sœur prenait son petit déjeuner en regardant le dernier clip de U2 à la télé.
— Y a plus d'eau chaude ! hurla-t-il à son attention.
Elle souleva un sourcil en le regardant un instant et sans se départir de son calme, lui demanda :
— Et depuis quand tu te douches le matin, toi ?
— Depuis... commença-t-il en hurlant avant de se taire.
Depuis qu'il l'avait rencontré, depuis qu'il savait qu'il la verrait au gymnase, comme tous les mardis matin...
Et merde...
Il remonta sans rien ajouter, entra dans sa chambre et claqua la porte, ce qui eut pour effet de décrocher le cadre qui ornait son mur. Ce dernier tomba au sol et se brisa en mille morceaux. Il pesta et se précipita sur le dessin qui gisait maintenant par terre, au milieu des débris de verre. Le portrait souriant de Lena, dessiné et offert par Gabriel, lui faisait face. Apparemment, il n'était pas abîmé. Rassuré, Christophe envisagea de le poser sur son bureau, mais une violente douleur au pied l'arrêta net. Il s'assit sur son lit, posa le dessin à ses côtés et observa un moment le sang couler autour du petit morceau de verre qui s'était fiché dans son talon. Il le retira en grimaçant et ne put s'empêcher de penser à Gabriel.
Quel plaisir pouvait-il en tirer, exactement ?
Il retira l'éclat et clopina jusqu'à la salle de bain pour se désinfecter et mettre un pansement. Voilà, il était bon pour boiter et se faire dispenser de sport...
Et merde...
Son regard tomba alors sur le radio réveil de la salle de bain et il s'aperçut qu'il était plus qu'en retard. Il sauta dans un jeans noir et enfila un tee-shirt assorti de Metallica, avant de fourrer un jogging noir dans son sac et de se précipiter dehors aussi vite que son pied blessé pouvait le lui permettre.
Il monta dans sa voiture et démarra alors que la pluie commençait à tomber et que son ventre lui rappelait qu'il venait d'oublier de prendre son petit déjeuner.
Il y a des jours...
Mais si ce n'était qu'un jour… il avait l'impression que dernièrement, tout lui échappait. Peut-être pas tout en fait, juste Gabriel, et la pensée même qu'il pourrait ne pas être là lorsque son ami aurait besoin de lui, lui était insupportable... Il y avait Alexandre, aussi ; quelle idée avait-il eu de le mettre dans les pattes de Gabriel ? Et si ça ne marchait pas ? Et si au moment où les choses deviendraient encore plus sérieuses, Alexandre... Il secoua la tête. Peut-être qu'ils avaient déjà dépassé ce stade là, après tout. Qu'en savait-il ? Et surtout, que voulait-il en savoir ! Rien, rien du tout !
Le moment venu, il sera toujours temps d'aller casser la gueule au blondinet, bien qu'à y réfléchir, il ne soit pas certain de l'emporter sur le coup.
Et puis... Et puis il y avait cette fille.
En général, elles le regardent, il leur sourit et le tour est joué. Il promet, il obtient, il rompt ou plutôt elles s'en chargent... Il faut reconnaître qu'il n'a jamais vraiment fait d'effort non plus, mais il ne peut pas être partout à la fois. Et puis, Gabriel a vraiment besoin de lui. S'il lui était arrivé quelque chose, elles auraient bien été avancées ! Enfin Gabriel avait vraiment besoin de lui...
Et là, il y a cette fille...
Il avait juste suffi d'une partie de tarot, un après-midi où il ruminait encore contre le comportement de Gabriel. Il n'aimait pas particulièrement jouer au tarot, mais il en connaissait les règles pour l'avoir pratiqué en vacances. Et, ils leur manquaient un cinquième...
Dire qu'il l'avait de suite remarquée serait un mensonge. Il se rappelle simplement qu'elle jouait très bien, beaucoup mieux que lui en tout cas, et qu'elle les avait battus tous les quatre à plate couture.
— Allez, Olive, dis-nous dans quoi t'es pas douée, s'il te plaît ! avaient geint ses partenaires.
Elle avait haussé les épaules, visiblement gênée, et le regard que lui envoya son voisin de droite n'échappa pas à Christophe.
De la jalousie, ou peut-être de l'agacement ?
Lorsque la sonnerie retentit, elle s'était levée sous le regard attentif des trois autres.
— J'ai cours, les gars
Puis, se tournant vers Christophe.
— Ravie de t'avoir rencontré...
— Christophe.
Elle lui avait souri et il avait trouvé qu'elle avait un très joli sourire.
— Allez, j'y go, Vernet ne va pas apprécier, si je suis en retard.
Un des garçons s'était alors levé.
— Je t'accompagne.
Ils avaient disparu, le laissant avec les deux autres joueurs et ils s'étaient mis à discuter.
— Elle a cours avec Vernet ? Elle est en quelle spécialité ?
— Devine !
— Je sais pas, matériaux souples ?
— Ça ne lui plairait pas, ça !
— Productique ?
— Non, c'est nous la productique avec Mathieu, son mec.
— Elle, elle est en microtechnique, l'informa alors le second garçon.
— Y a des filles qui font ça ? avait demandé Christophe, surpris.
— Y'en a une ! avaient rigolé les deux garçons. Et c'est pas facile pour Mathieu de savoir que sa copine est seule avec vingt gars en cours...
Le fameux Mathieu était ensuite revenu et les deux garçons l'avaient suivi, laissant Christophe seul.
Cela aurait pu en rester là. Une partie de cartes, un joli sourire...
Mais ce fut comme si le point de départ de quelque chose avait été donné. Christophe ne cessait plus de la rencontrer dans les couloirs, au réfectoire, à la sortie de ses cours, seule ou accompagnée, le plus souvent de ce Mathieu.
Au fil des jours, les sourires se prolongèrent, les bonjours et les plaisanteries sur le fait qu'ils ne cessaient de se rencontrer aussi...
C'était presque devenu un jeu, pour Christophe. Il arrivait au lycée et la cherchait, comme ça, l'air de rien, et si leur regard se croisait alors la journée lui semblait moins longue, les cours moins barbants. Il lui suffisait d'un sourire et tout était plus sympa, comme cette fille...
Rien de plus, rien de moins...
Jusqu'au jour où, pendant une récréation, il la trouva — encore par hasard — assise à même le sol, dans les toilettes des garçons, en pleurs. Elle s'était relevée en le voyant et avait rapidement essuyé ses larmes.
— Désolée, ils font le ménage chez les filles, avait-elle répondu en tentant de sourire avant de sortir.
Et sans savoir pourquoi, il était immédiatement parti à sa recherche. Lorsqu'il l'avait retrouvée, il lui avait suffi de suivre son regard pour comprendre la cause de ses larmes. Il était alors parti prendre deux cafés et s'était assis à côté d'elle sur un muret qui donnait sur la cour.
— Tu veux en parler ? demanda-t-il en lui tendant un gobelet.
Elle le regarda avec curiosité.
— On ne se connaît pas...
Là-dessus, elle avait plutôt raison, mais cela ne le découragea pas. Gabriel l'avait habitué à des forteresses plus difficiles à gravir encore.
— On se dit bonjour tous les matins, on va en sport ensemble, tu t'appelles Olivia et tu es en spé microtechnique...
Elle lui sourit.
— Effectivement, tu me connais assez bien !
Son regard passait de Mathieu, qui discutait gaiement avec ses amis, sans même la remarquer, à une fille à quelques mètres du groupe.
— C'est un con ! avait soudain lancé Christophe.
— Tu ne le connais pas...
— Non, effectivement, mais la fille qui le mate comme si c'était un gâteau au chocolat, je suis sorti avec elle et je t'assure qu'il faut être sacrement con pour le faire.
Il venait de se traiter de con là ?
Il s'était mordu la lèvre et avait englouti son café pour s'empêcher d'en rajouter, se brûlant la langue au passage. Elle avait également terminé son gobelet, avant de se relever.
— Tu sais quoi, tu as raison, c'est un con. Un gros con qui a oublié que la fille qu'il vient de jeter comme un vieux kleenex usagé a trois grands frères qui l'adorent.
Christophe avait explosé de rire et s'était entendu dire :
— J'en prends bonne note !
Qu'est-ce qui lui avait pris, exactement ? Il aurait voulu la draguer qu'il ne s'en serait pas pris autrement. Elle n'était pourtant pas, à proprement parler, son genre de fille.
Parce qu'il avait un genre ? Sa dispute avec Gabriel lui était revenue en mémoire et il avait grimacé. Ensuite, son téléphone s'était soudain mis à vibrer. Quand on parle du loup...
— Oui ?
— Je peux passer chez toi, ce soir ?
— Oui, bien sûr. Un problème avec...
— Arrête Chris ! Je n'ai aucun problème avec qui que se soit, mais si tu continues comme ça, je vais en avoir un sérieux avec toi !
— Ok, ok je n'ai rien dit ! Tu es le bienvenu à la maison, je demanderai à ma mère de faire des lasagnes végétariennes.
— C'est pas la peine...
— Gabriel ! Ne cherche pas les problèmes, toi non plus !
Lorsqu'il avait raccroché, il s'était aperçu qu'elle n'était plus là. Il avait regardé tout autour de lui, mais ne l'avait vue nulle part, et ça avait été avec mauvaise humeur qu'il était allé à son cours suivant, sans la revoir de la journée.
Toujours les mêmes problèmes...
Il était rentré chez lui vers seize heures et s'était préparé un copieux goûter en attendant son ami. Puis, lorsque Gabriel était arrivé, ils étaient montés dans sa chambre comme ils en avaient l'habitude. Alors qu'ils étaient en train de parler de tout et de rien, Christophe fut un instant tenté de lui raconter sa rencontre avec Olivia. Mais alors qu'il avait ouvert la bouche pour lui en parler, il y avait renoncé. Cela n'aurait rimé à rien de parler d'une fille à Gabriel. Surtout qu'elle n'était même pas sa petite amie...
Et au final, peut-être lui en fallait-il une, de petite amie ? Comme ça, Alexandre cesserait de lui reprocher d'être toujours dans leurs pattes. Mais en quoi une petite amie l'empêcherait-il de ne pas se préoccuper de Gabriel ?
Ce n'était certainement pas le moment ou alors juste comme ça, sans prise de tête.
Finalement, c'était vraiment un gros con, lui aussi...
Il l'avait revu le lendemain, puis le surlendemain, mais ce ne fut réellement que le mardi matin d'après, en sport, qu'ils avaient pu vraiment parler. Il était allé jusqu'à l'accompagner à son cours suivant, et ce, sans même sortir avec elle...
Mais elle était intéressante, elle avait de la conversation, de l'esprit et de l'humour. Elle aimait la même musique que lui, préférait « XXX » à « Coup de foudre à Notting Hill » et autres comédies nunuches à souhait...
Elle avait un truc, indéniablement. Avec elle, il pouvait parler de tout, de rien et également un peu de Gabriel, tout comme elle lui parlait de ses trois frères et de sa famille. Avec le temps, il s'était même surpris parfois à se confier à elle sur l'inquiétude que lui procurait Gabriel, sur la nécessité que son ami trouve un équilibre à sa vie, qu'il sache s'entourer aussi...
Elle était vraiment singulière et pour être un peu plus avec elle chaque jour, il avait même décidé de reprendre les cours de sport...
Finalement, il arriva en boitant au gymnase et se tortura les méninges pour trouver une excuse à sa présence en première heure de cours, où il ne pourrait manifestement rien faire. Il se sentait vraiment ridicule, surtout lorsque la sonnerie retentit et que celle pour qui il s'était levé manquait toujours à l'appel.
Quand ça ne veut pas...
Une petite foulée derrière lui le rassura cependant et il la vit arriver les joues rouges, essoufflée, en hurlant un « présente ».
— In extremis, mademoiselle Morea, in extremis.
Un sourire étira ses lèvres, sourire que lui rendit Christophe en allant s'installer sur le banc de touche. Le cours commença et il ne regretta en rien son réveil matinal et sa blessure. De là où il était, il pouvait à sa guise observer les filles s'échauffer.
Au bout d'une heure et demie, il fut rejoint par un de ses amis qui s'était fait une élongation. Il s'assit à ses côtés et désigna le groupe de filles en pleine partie de volley-ball.
— Y en a une qui te plaît dans le lot, là ? demanda-t-il.
Christophe ne se donna même pas la peine de répondre.
— Moi, j'te demande juste parce que, je sais que se sont des têtes, ces filles-là. Elles ne couchent pas quoi !
Christophe regarda son voisin d'un œil mauvais.
Qu'est-ce que ça pouvait bien lui foutre, si elles couchaient ou pas, hein ? Lui, il voulait juste sortir avec elle...
Et merde...
Il sentit d'un coup le sang quitter son visage et la peur étreindre son estomac. Il voulait sortir avec Olivia ? Il avait vraiment pensé à ça, sortir avec cette fille, si différente ?
Lorsque le cours s'acheva enfin, il prit tout son temps pour sortir du vestiaire, sachant qu'elle ne pourrait pas l'attendre indéfiniment dehors. Et effectivement, lorsqu'il quitta enfin le gymnase, elle n'était plus là. Il n'alla pas manger à la cantine et se précipita dehors après son fameux bac blanc de maths.
Il rentra chez lui et monta directement dans sa chambre sans passer par la case cuisine, comme à son habitude. Sa sœur, déjà là, lui en fit la réflexion, mais Christophe ne lui accorda même pas un regard.
Il était tôt encore. Il alla s'allonger sur son lit avec mille pensées en tête. Voulait-il vraiment sortir avec elle ? Et pourquoi cela lui semblait-il soudain si compliqué, de sortir avec une fille ? Si prise de tête ?
Il avait un besoin urgent de se changer les idées. Il consulta l'heure, réfléchit un instant à l'emploi du temps de Gabriel et prit son téléphone. Avec un peu de chance, ce dernier serait seul et ils pourraient discuter... Ou plutôt jouer à la console... C'était bien, ça, la console pour finir totalement abruti...
Gabriel était en effet chez lui, seul — Alexandre étant à son boulot — et n'avait rien de prévu. Christophe prit son blouson et descendit les marches avant d'entendre son téléphone sonner de nouveau.
C'était Olivia. Il hésita avant de répondre puis, se trouvant idiot, il décrocha.
— 'lut, dit-elle sans le laisser parler. Tu m'évites ?
— Euh... Non, j'avais des trucs à faire, c'est tout...
— Vraiment ? Je suis cruche, je suis désolée, mais comme en général... enfin, c'est vrai que ce n'est pas obligé, mais après le sport...
Elle se tut alors avant de reprendre.
— Tu ne veux pas m'aider, hein ?
Christophe ne put s'empêcher de sourire. C'était trop bête, il était trop bête...
— Je vais chez Gabriel, finit-il par répondre.
— Ah. Il va bien ?
— Oui, tu veux venir ?
Les mots sortirent tous seuls, sans qu'il ne s'en rende compte, et ce ne fut qu'une fois le rendez-vous arrangé qu'une petite alarme s'alluma dans sa tête.
Et merde...
S'il y avait une minuscule chance pour qu'elle veuille sortir avec lui et que cela fût réciproque, il venait de l'anéantir. Il se demanda un instant s'il ne venait pas de le faire exprès, d'ailleurs...
Quand il disait qu'il avait l'impression que tout lui échappait...
Il prit son téléphone et rappela Gabriel pour le prévenir qu'il ne serait pas seul.
— Quoi ? s'exclama ce dernier. Tu veux ramener ta dernière conquête à la maison ?
— C'est pas ma conquête, Gabriel, c'est juste une amie...
— Exception faite de Léna, tu n'as pas d'amie « i-e », rétorqua Gabriel.
— Bah maintenant j'en ai une, et je voudrais que tu ne sois pas trop désagréable avec elle... S'il te plaît...
— S'il te plaît, en plus ? Elle a quoi de particulier, cette fille ?
— Arrête, elle n'a rien, elle est juste sympa...
— Juste sympa ?
— Ne m'oblige pas à te le redemander gentiment, Gabriel...
— Sinon quoi ? Supplie-moi encore une fois et je tâcherai de faire un effort...
Chris pesta intérieurement. Gabriel jubilait et il avait bien raison.
— T'es toujours là ? demanda ce dernier.
— S'il te plaît, dit-il en détachant bien les syllabes avant de raccrocher.
Supplier Gabriel, voilà à quoi il en était réduit. Mais au fond, c'était peut-être mieux ainsi, qu'il ne soit pas avec Olivia, parce que si cette dernière avait réellement déplu à Gabriel...
Il secoua la tête. Il n'était quand même pas si terrible que ça. Il aimait bien Lena... l'exception à toutes les règles...
Il arrêta là et se concentra enfin sur la route pour aller chercher Olivia.
Si avec tout ça, il n'avait pas un accident...
Elle l'attendait sur le bord du trottoir et il se surprit à la détailler en s'arrêtant devant elle. Non, décidément, elle ne ressemblait pas à son genre de fille... À tous ses genres de filles.
Elle portait un jeans bleu, avec un tee-shirt noir assez près du corps et une veste kaki élimée. Des baskets en tissus rouge montantes et un sac assorti parachevaient sa tenue. Pour l'occasion, peut-être, elle avait lâché ses cheveux bruns qui lui retombaient sur les épaules. Pas de maquillage, juste du brillant à lèvre à la fraise pour les hydrater, une habitude qu'avait remarquée Christophe.
— On y va ? demanda-t-elle soudain.
— Oui, s'excusa-t-il en sentant ses joues s'empourprer.
Tout le long du chemin, il tenta tant bien que mal de la briefer sur Gabriel, essayant de faire ressortir les nombreuses qualités de son ami que sa mauvaise humeur ou volonté maintenaient, la plupart du temps, cachées.
Ils arrivèrent bientôt devant la somptueuse demeure de Gabriel, et en se garant devant, il vit le regard d'Olivia se perdre sur la propriété.
Mauvais...
— Il habite là ?
— Oui, enfin ce sont ses parents qui habitent là et ce serait cool d'éviter de lui en parler...
— Ok, fit-elle sans demander plus d'explication.
C'était ça qu'il y avait de bien avec cette fille... Juste ça ?
Ils sortirent de la voiture et s'avancèrent jusqu'à la porte. Cette dernière s'ouvrit d'un coup, sans qu'aucun d'eux n'ait eu le temps de sonner.
Gabriel se tenait maintenant devant eux et détaillait sans retenue Olivia. Celle-ci ne s'en offusqua pas et se contenta de sourire.
— Je m'appelle Olivia.
— Gabriel, répondit-il en s'effaçant pour les laisser entrer.
Au même moment, Olivia se recula pour laisser Chris saluer son ami, mais celui-ci voulut la laisser entrer dans un élan de galanterie, ce qui provoqua un certain cafouillage. Gabriel observa la scène sans rien dire, retenant avec peine un sourire.
Une fois dans le hall, Olivia fit un tour sur elle-même pour admirer l'architecture et Chris vit au regard de Gabriel que ce dernier préparait déjà une réplique bien sentie sur la remarque que la jeune fille ne manquerait pas de faire. Mais elle ne dit rien, ou plutôt si ; alors qu'elle retirait ses chaussures de son propre chef, ils l'entendirent pester :
— Je crois que je n'ai pas mis les bonnes chaussettes...
Elle leva le regard vers eux, les joues légèrement roses alors qu'ils fixaient déjà le petit trou sur le gros orteil de son pied droit.
Christophe regarda Gabriel en serrant les lèvres, attendant la pique éventuel de son ami, mais ce dernier se contenta de les conduire au salon, sans se départir de son sourire. Loin de rassurer Chris, cela le rendit encore plus nerveux.
— Tu veux boire quelque chose ? demanda Chris à Olivia qui s'était assise sur le canapé avec une certaine timidité, en regardant discrètement tout autour d'elle.
— Non merci.
Gabriel s'avança vers elle, mais il fut bientôt arrêté dans son geste par Christophe.
— Moi j'ai soif, lui dit-il. Tu m'accompagnes dans la cuisine, Gabriel ?
Il le suivit en faisant remarquer qu'il n'était pas très poli de laisser ses invités seuls. Arrivés dans la cuisine, Chris se retourna vers lui.
— Alors ?
— Alors quoi ?
— Tu vas essayer d'être sympa ?
Gabriel ouvrit la bouche, puis la referma. Il alla jusqu'au placard et prit un verre pour le remplir d'eau. Il en but une gorgée, laissant Christophe se ronger les sangs.
— Je peux essayer. Mais je veux savoir ce qu'elle est exactement pour toi.
— Ce qu'elle est pour moi ? Je te l'ai déjà dit, non ?
— Tu m'as déjà baratiné, tu veux dire. Avoue qu'elle te plaît !
— Hein ? Non, pas du tout ! Il faut que je te dise combien de fois que ce n'est qu'une amie ?
Gabriel regarda soudain bizarrement par-dessus son épaule et Christophe se retourna lentement pour voir Olivia sur le pas de la porte, un jeu vidéo dans les mains...
— Je... Je voulais juste savoir, si tu avais également le nouveau Street Fighter, s'excusa-t-elle.
— Oui, je l'ai. Tu veux jouer ? demanda Gabriel en se dirigeant vers la jeune fille.
— Eh bien, si ça ne te dérange pas...
Ils allèrent dans le salon, laissant Christophe dans la cuisine, d'où il les entendit encore :
— J'adore jouer, mais chez moi, avec trois frères, c'est difficile d'accéder à la console.
— Trois frères !
Il entendit la télé.
— Tu as un perso préféré ?
— À ton avis ? Si je te dis Chun-Li ?
Il y eut un rire puis le bruit du jeu. Christophe, toujours dans la cuisine, écoutait sans bouger. Comment aurait-il pu penser un seul instant que ce serait lui, et juste lui, qui anéantirait ses chances avec elle ?
Dépité, il alla les rejoindre dans le salon. Il s'installa sur le canapé et les observa. Ils s'étaient installés au plus près de la télé, à même le sol, et ne lui jetèrent pas un regard. Christophe soupira.
Amie, petite amie ?
Puis, lentement, malgré le bruit de la console et de ses joueurs, il sentit ses yeux se fermer. Il tenta de lutter contre l'endormissement qui s'emparait de lui petit à petit, mais il n'y arriva pas et finit par sombrer. Il fut réveillé quelques minutes plus tard, cependant, par un fou rire qui s'avéra être celui de Gabriel, c'était une chose assez rare pour qu'il se sente d'un coup totalement réveillé.
— Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-il.
Mais Olivia et Gabriel ne semblèrent pas l'entendre.
— Yuppa !! hurla soudain la jeune fille, en lâchant la manette et en levant les bras au ciel.
— Attends ! Attends ! s'exclama alors Gabriel. Tu as triché !
— Non ! Bien sûr que non ! s'offusqua-t-elle.
— Bien sûr que si ! Tu m'as déconcentré avec ton histoire !
— Quelle histoire ? tenta alors Christophe sans plus de succès.
— Moi ? Jamais ! Je t'assure que j'ai vraiment pensé que Christophe voulait qu'on sorte ensemble, toi et moi ! Il n'arrête pas de me parler de toi à longueur de journée !
Le sang quitta d'un coup le visage de l'intéressé.
Pourquoi avait-il mis son réveil ce matin, déjà ?
— Oui ! C'est ça ! Avec tout ce qu'il a pu te dire sur moi, il n'a jamais évoqué le fait que je sois gay peut-être ! s'emporta Gabriel avec l'intention manifeste de remporter leur joute verbale.
Mais lorsqu'il se rendit compte de ce qu'il venait de dire, il se tut immédiatement et il y eut un étrange silence dans le salon. Christophe pouvait sentir l'inquiétude de Gabriel envahir peu à peu l'espace. Ce dernier ne cessait de le regarder. Christophe se redressa alors, prêt à intervenir. Mais ce qu'il lu dans le regard de son ami le déstabilisa. Il y avait de la peur, bien sûr, celle d'être rejeté ou jugé par son invitée, mais il y vit également du regret. Comme si Gabriel s'en voulait d'avoir, en révélant son homosexualité, anéanti les chances de son meilleur ami avec cette fille.
Cela le laissa totalement perplexe pendant quelques secondes, le temps pour Olivia de rompre le silence :
— Tu m'as démasquée ! soupira-t-elle avec tristesse.
— Pardon ? demanda Gabriel d'une voix rauque.
— J'ai trois frères, tu vois, et pour gagner contre eux, j'ai ma technique...
— Ta technique ?
— Diversion...
— Tu l'as fait exprès alors ! Je le savais !! s'exclama Gabriel, ravi.
— Bah, pour déconcentrer les garçons en général, leur dire qu'une fille s'intéresse à eux, c'est plutôt efficace, surtout chez mes frères !
— Vraiment ? questionna Gabriel, soudain très intéressé.
Il se retourna alors vers Christophe avec un sourire mauvais.
— Une petite partie ? lui proposa-t-il.
Olivia se leva pour lui laisser la place, mais Christophe préféra s'abstenir.
— Tu viens de te faire battre par une fille, tu ne veux pas ta revanche ?
— C'est petit ça, bouda son ami avant que son visage ne s'illumine au bruit d'une clef dans la serrure de la porte d'entrée.
Il se leva et alla à la rencontre d'Alexandre.
— Déjà ! s'exclama-t-il, visiblement heureux.
Alexandre posa son regard un instant sur Christophe, puis il saisit Gabriel par la taille, avant de se pencher sur lui et de s'arrêter net en remarquant Olivia. Il lâcha immédiatement son petit ami, alors que cette dernière s'avançait timidement vers lui avec un sourire, avant de se présenter.
— Bonjour, je m'appelle Olivia et je suis juste une amie de Christophe.
Alexandre leva un sourcil en regardant Gabriel, qui haussa les épaules alors que Christophe se mordait la lèvre, regrettant amèrement ses paroles.
— Alexandre... un ami de Gabriel, se présenta à son tour le nouvel arrivant.
— Enchantée !
Elle fit mine alors de regarder sa montre.
— Oups, il faut que je rentre ! Sinon ça va être la panique à la maison !
Christophe se leva de suite. Il salua Alexandre, puis Gabriel, et attendit quelques instants que son amie remette ses chaussures. L'opération faite, elle les salua sans un regard pour son chauffeur.
Le voyage de retour se fit dans un silence pesant. Christophe ne savait pas quoi dire et la jeune fille ne semblait pas vouloir entamer la conversation.
Elle était drôle, jolie, intelligente et elle avait battu Gabriel à Street Fighter... Que lui fallait-il de plus ?
Il arriva bientôt devant chez elle. Il arrêta la voiture, puis se tourna vers elle alors qu'elle se saisissait de son sac.
— Olivia... commença-t-il.
Elle leva les yeux vers lui et après quelques secondes, soupira.
— On se voit demain...
Elle ouvrit la portière et Christophe la retint juste au moment où elle allait sortir. Sans rien dire, il l'attira vers lui et déposa un baiser sur ses lèvres au goût de fraise, puis voyant qu'elle ne le rejetait pas, il intensifia le baiser.
C'était doux, sucré, et divinement agréable. Ils se séparèrent quelques minutes plus tard, à regret.
— Je dois rentrer...
Il se contenta de hocher la tête.
— À demain alors...
Elle quitta sa voiture et il la regarda partir avant de redémarrer, un immense sourire aux lèvres.
Une fois chez lui, allongé sur son lit, il reçut un SMS de Gabriel.
« Ta copine me doit une revanche ! »
Il lui répondit immédiatement.
« Ce n'est plus ma copine. »
Quelques secondes après, son téléphone sonna.
— T'es un crétin fini, tu le sais ça ! commença Gabriel. Pour une fois qu'il y en avait une d'à peu près sympa !
— C'est ma petite amie, répondit alors Christophe, avant de raccrocher.
Il y a des jours comme ça, où tout vous sourit, des jours où l'on ne regrette pas de s'être levé aux aurores, où l'on ne regrette pas d'avoir fait le premier pas, d'avoir agi sans vraiment y réfléchir, sur l'instant...
Finalement, il suffit parfois d'un baiser volé pour être heureux, et le plus drôle dans l'histoire, c'est que Gabriel l'avait compris bien avant lui...
~ Fin ~
© Aceituna, 07/2009